Vous avez décidé de faire un testament aux Émirats. La question n’est plus « pourquoi ? » mais « comment ? » — et c’est là que la plupart des expatriés français se retrouvent face à un terrain inconnu : plusieurs registres, des juridictions différentes, un choix de droit applicable, des documents à réunir, un processus à suivre.
En mars 2026, cet article vous guide pas à pas, du premier questionnement à l’enregistrement de votre testament, en passant par le choix du bon registre et les erreurs à éviter.
Avant de commencer : les bonnes questions à se poser
Avant de contacter un avocat ou de choisir un registre, prenez quelques minutes pour faire le point sur votre situation. Ce sont ces éléments qui détermineront le contenu, la forme et le coût de votre testament.
Votre situation familiale. Êtes-vous marié, pacsé, en concubinage ? Votre conjoint est-il de nationalité française, émiratie, ou d’un autre pays ? Êtes-vous dans une famille recomposée ? La réponse influence directement la manière de protéger votre conjoint et de répartir vos actifs.
Vos enfants. Avez-vous des enfants mineurs ? Si oui, il faudra prévoir un tuteur temporaire aux Émirats et un tuteur permanent (souvent en France). Si vos enfants sont majeurs, la question de la tutelle ne se pose plus, mais celle de la répartition reste entière.
Vos actifs aux Émirats. Faites l’inventaire : comptes bancaires, biens immobiliers, véhicules, parts de sociétés (mainland, free zone, DIFC, ADGM), portefeuilles d’investissement, coffres, objets de valeur. Chaque catégorie d’actif peut nécessiter une mention spécifique dans le testament — c’est particulièrement vrai pour l’immobilier et les participations sociales.
Les pays concernés. Avez-vous des actifs en France, dans un autre pays ? Si oui, votre testament émirati pourrait ne couvrir que vos actifs situés aux Émirats, et être coordonné avec un testament séparé dans chaque autre juridiction concernée. Certains registres (DIFC, ADJD) permettent toutefois d’inclure des actifs situés à l’étranger — le choix dépend de votre stratégie successorale globale. L’essentiel est d’éviter les contradictions entre testaments.
Que peut contenir un testament aux Émirats ?
Le testament émirati est un outil plus large que ce que beaucoup de Français imaginent. Il peut couvrir quatre grandes catégories de dispositions.
Désignation des héritiers et bénéficiaires
Vous choisissez librement à qui vos actifs seront transmis. Pour les résidents non musulmans, la liberté testamentaire aux Émirats est très étendue : vous pouvez attribuer tout ou partie de vos biens à votre conjoint, à vos enfants, à un tiers, ou à une combinaison de bénéficiaires selon la répartition que vous souhaitez.
Nomination d’un exécuteur testamentaire (executor)
L’exécuteur est la personne chargée de faire appliquer votre testament après votre décès. Il s’assure que les actifs sont identifiés, que les dettes sont réglées, et que la distribution se fait conformément à vos volontés. Nommer un exécuteur compétent — souvent un avocat ou un proche de confiance — évite les hésitations et les conflits entre héritiers. S’il n’est pas nommé dans le testament, il est désigné par le tribunal.
Identification des biens couverts
Le testament doit lister aussi précisément que possible les actifs qu’il couvre. Pour l’immobilier, il est recommandé de mentionner chaque bien par son adresse et son émirat de situation. La mention du numéro de titre (title deed) est une pratique courante dans les testaments enregistrés auprès des tribunaux de Dubaï, bien qu’elle ne soit pas nécessairement exigée par tous les registres (DIFC, ADJD). Votre avocat vous indiquera le niveau de détail requis selon le registre choisi.
Garde et tutelle des enfants mineurs
Si vous avez des enfants mineurs, le testament est le seul moyen fiable de désigner à l’avance :
- un tuteur temporaire résidant aux Émirats, qui prendra en charge vos enfants dans l’immédiat ;
- un tuteur permanent, qui assurera leur garde à long terme (souvent un membre de la famille en France ou dans votre pays d’origine).
Quelles sont les principales options de testament aux Émirats ?
Quatre registres principaux sont disponibles pour les expatriés non musulmans. Chacun a ses spécificités, ses avantages et ses coûts.
| Dubai Courts | ADJD (Abu Dhabi) | DIFC Courts | ADGM | |
|---|---|---|---|---|
| Juridiction | Droit fédéral émirati | Droit fédéral émirati | Common law (droit propre du DIFC) | Common law (droit propre de l’ADGM) |
| Couverture géographique | Les 7 Émirats | Les 7 Émirats + actifs à l’étranger | Les 7 émirats + actifs à l’étranger | Les 7 émirats + actifs à l’étranger |
| Langue du testament | Arabe / anglais | Arabe / anglais | Anglais | Anglais |
| Frais officiels (indicatifs) | ~AED 3 500 | ~AED 950 | AED 5 000 à 10 000 | Variable, souvent intermédiaire |
| Signature à distance | Oui | Oui | Oui (e-Will par visioconférence) | Selon les cas |
| Recommandé si | Vous résidez à Dubaï, actifs principalement à Dubaï | Vous résidez à Abu Dhabi ou à Dubaï | Actifs dans plusieurs émirats, fondation au DIFC, patrimoine complexe | Résidence ou actifs à Abu Dhabi, fondation à l’ADGM |
Note : les frais DIFC indiqués correspondent à un testament individuel. Pour deux testaments miroirs (un par époux), comptez AED 10 000 à 15 000.
(Source : DIFC Courts — Wills Service Centre, https://www.difccourts.ae/services/wills) (Source : ADGM — Notary Public and Wills Office, https://www.adgm.com/adgm-courts/notary-public-and-wills-office)
Quelques précisions utiles :
- Les testaments DIFC et ADGM sont rédigés en anglais et relèvent de la common law, ce qui offre une liberté testamentaire maximale et un cadre juridique familier pour les avocats internationaux.
- Les testaments enregistrés auprès des tribunaux de Dubaï ou d’Abu Dhabi relèvent du droit fédéral émirati et sont généralement rédigés en arabe et en anglais.
- Le DIFC a introduit un service de e-Will permettant de signer son testament à distance par visioconférence, sans présence physique à Dubaï.
- Pour les expatriés qui détiennent des actifs dans plusieurs émirats, un testament DIFC ou ADGM est souvent le choix le plus pratique car il couvre l’ensemble du territoire.
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Faut-il choisir le droit français ou le droit émirati ?
Dans votre testament émirati, vous pouvez demander l’application du droit français ou opter pour le droit civil émirati. Ce choix a des conséquences concrètes.
Le droit français impose une réserve héréditaire au profit de vos enfants : la moitié de votre succession si vous avez un enfant, les deux tiers si vous en avez deux ou plus. Cette règle protège les enfants mais limite votre liberté de disposition en faveur de votre conjoint ou d’un tiers.
Le droit civil émirati (pour les non-musulmans) accorde une liberté testamentaire quasi totale. Vous pouvez attribuer l’intégralité de vos actifs à une seule personne, exclure un héritier, ou répartir librement entre plusieurs bénéficiaires.
Quand opter pour le droit français ? Lorsque vous souhaitez que la répartition de vos actifs émiratis suive la même logique que celle de vos actifs en France — par cohérence, ou parce que cette répartition correspond à votre volonté.
Quand opter pour le droit émirati ? Lorsque vous souhaitez une répartition différente de ce que le droit français imposerait. Par exemple, attribuer l’essentiel de vos actifs émiratis à votre conjoint, ou traiter différemment les enfants d’une première et d’une seconde union dans un cadre de famille recomposée.
L’arbitrage est propre à chaque situation. Il n’y a pas de bonne réponse universelle — il y a la bonne réponse pour votre famille et votre patrimoine.
Quels documents et informations préparer ?
Avant de rencontrer votre avocat, réunissez les éléments suivants. Cela accélère considérablement le processus de rédaction.
Documents d’identité :
- Passeport de chaque testateur (et du conjoint si testament miroir)
- Emirates ID
- Visa de résidence
Informations sur les bénéficiaires :
- Nom complet, date de naissance et nationalité de chaque héritier désigné, copie du passeport
- Nom et coordonnées du ou des tuteurs désignés (temporaire et permanent) si vous avez des enfants mineurs, copie du passeport et de l’Emirates ID le cas échéant
Informations sur les actifs :
- Liste des comptes bancaires aux Émirats (banque, type de compte)
- Titres de propriété (title deeds) pour chaque bien immobilier, avec adresse et émirat
- Parts de société (nom de la société, juridiction, pourcentage de participation)
- Véhicules, coffres, portefeuilles d’investissement
- Tout autre actif de valeur situé aux Émirats
Informations sur l’exécuteur testamentaire :
- Nom, nationalité et coordonnées de la personne désignée, copie de passeport
- Son accord préalable (fortement recommandé)
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DIFC, Abu Dhabi Civil Court ou Dubai Courts : le bon choix dépend de vos actifs, de votre situation familiale et de vos objectifs.
Notre équipe vous accompagne de la stratégie à l’enregistrement.
Comment se déroule le processus en pratique ?
La rédaction et l’enregistrement d’un testament aux Émirats suivent généralement quatre étapes.
1. Collecte d’informations et analyse de la situation
Votre avocat examine votre situation familiale, patrimoniale et fiscale. Il identifie le registre le plus adapté, le droit applicable à retenir, et les dispositions spécifiques à prévoir (tutelle, répartition, exécuteur). C’est aussi à cette étape qu’il vérifie la cohérence avec vos éventuels testaments dans d’autres pays.
2. Rédaction du testament
L’avocat rédige le testament en tenant compte de vos instructions, du registre choisi et de ses exigences formelles (langue, format, clauses obligatoires). Pour un testament DIFC ou ADGM, le document est en anglais. Pour les tribunaux de Dubaï ou d’Abu Dhabi, il est en arabe et en anglais.
Un testament miroir (deux testaments identiques dans leur logique, un pour chaque époux) est une option courante pour les couples mariés. Il simplifie la coordination et permet souvent de réduire les coûts.
3. Signature
Selon le registre choisi :
- Dubai Courts : signature à distance, sauf pour les non-résidents qui doivent signer en personne.
- ADJD : signature à distance.
- DIFC Courts : signature en personne ou à distance par visioconférence (e-Will), devant un officier du DIFC.
- ADGM : signature auprès du Notary Public and Wills Office.
4. Enregistrement
Le testament est enregistré auprès du registre choisi. Vous recevez une copie certifiée. Le registre conserve l’original — c’est ce document qui sera présenté au tribunal en cas de décès.
Durée totale du processus : de la première consultation à l’enregistrement, comptez généralement deux à huit semaines, selon la complexité de votre situation et le registre choisi.
Combien coûte un testament local par rapport à une succession non anticipée ?
Le coût d’un testament émirati varie selon le registre et la complexité du dossier. Voici les ordres de grandeur.
| Testament local | Succession sans testament | |
|---|---|---|
| Frais officiels | De AED 900 (ADJD) à AED 3 500 (Dubai Courts) et AED 5 000–10 000 (DIFC) | Frais de justice, variables et souvent plus élevés |
| Honoraires d’avocat | AED 6 000 à 8 000 environ (rédaction et enregistrement) ; réduit en cas de testament miroir | AED 20 000 à 50 000+ (traductions, légalisations, représentation, avis juridique sur le droit étranger) |
| Délai | Quelques semaines pour le règlement de la succession | 6 à 18 mois pour le règlement de la succession |
| Charge pour les proches | Minimale — l’exécuteur et l’avocat suivent le testament | Considérable — recherche d’informations, preuves, incertitude |
Ces montants sont des ordres de grandeur indicatifs fondés sur la pratique courante. Les frais réels varient selon la complexité du dossier et le registre choisi.
L’écart est frappant. Le testament local représente un investissement de quelques milliers de dirhams. L’absence de testament peut coûter des dizaines de milliers de dirhams à vos héritiers — sans compter les mois de procédure et le stress qui les accompagne.
Les erreurs les plus fréquentes à éviter
Certaines erreurs reviennent régulièrement. Les identifier en amont vous évitera des corrections coûteuses ou des surprises désagréables pour vos héritiers.
Oublier de nommer un tuteur temporaire aux Émirats. Beaucoup de parents désignent un tuteur permanent (souvent les grands-parents en France) mais oublient qu’il faut quelqu’un sur place, immédiatement disponible, pour prendre en charge les enfants dans les premières heures. Le tuteur temporaire est celui qui comble ce vide.
Nommer un exécuteur sans l’en informer. L’exécuteur testamentaire doit connaître son rôle, savoir où trouver le testament et disposer des informations nécessaires pour agir. Nommer quelqu’un sans le prévenir revient à créer un obstacle supplémentaire pour vos proches au pire moment.
Rédiger un seul testament pour couvrir plusieurs pays. Un testament émirati qui tente de couvrir vos actifs en France (ou inversement) crée un risque de conflit entre juridictions. Le principe est simple : un testament par pays, avec des dispositions coordonnées. Chaque testament doit préciser qu’il ne révoque pas les testaments rédigés dans d’autres juridictions.
Ne pas mettre à jour son testament après un changement de situation. Naissance, divorce, acquisition immobilière, création de société, changement de résidence — chacun de ces événements peut rendre votre testament obsolète ou inadapté. Un testament n’est pas un document que l’on rédige une fois pour toutes.
Penser que le testament suffit à tout régler. Le testament est l’outil central, mais il ne remplace pas les mesures complémentaires : comptes bancaires individuels pour chaque époux, clauses bénéficiaires à jour sur les assurances-vie, dossier accessible avec les informations essentielles.
Ce qu’il faut retenir
- Faites le point sur votre situation familiale, vos enfants, vos actifs et les pays concernés avant toute démarche.
- Le testament émirati peut couvrir la transmission d’actifs, la nomination d’un exécuteur, la garde des enfants et la désignation de tuteurs.
- Quatre registres sont disponibles : Dubai Courts, ADJD, DIFC Courts et ADGM. Le choix dépend de votre lieu de résidence, de la localisation de vos actifs et de la complexité de votre situation.
- Le choix entre droit français et droit émirati est un arbitrage au cas par cas — la réserve héréditaire française et la liberté testamentaire émiratie n’offrent pas les mêmes possibilités.
- Le processus complet prend généralement deux à huit semaines et coûte une fraction de ce que paieront vos héritiers en l’absence de testament.
- Les erreurs les plus courantes — tuteur oublié, exécuteur non informé, testament unique multi-pays — sont toutes évitables avec un minimum d’anticipation.
Sources :
- DIFC Courts — Wills Service Centre — https://www.difccourts.ae/services/wills
- ADGM — Notary Public and Wills Office — https://www.adgm.com/adgm-courts/notary-public-and-wills-office
- Portail officiel des EAU — https://u.ae
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